Pourquoi voyager à son rythme est la meilleure façon de voir le monde

20.03.23

La route de montagne que j'emprunte traverse de jolies forêts de Colombie-Britannique en descendant vers le lac. Une douce odeur se dégage des plantes qui sortent de terre dans ce coin du Canada d'une beauté inouïe, et les fleurs sauvages ajoutent partout de jolies touches de couleur.

Je suis en Colombie-Britannique pour un voyage de randonnée d'une semaine et je viens de sortir pour une petite course. Quelques kilomètres seulement. Ensuite, j'ai plongé dans l'eau froide et électrisante de la rivière. Je ne suis au Canada que pour quelques semaines en été et même si la course fait monter la température de mon corps et que l'eau du lac me provoque un choc et me donne des picotements, ce sont des expériences typiquement canadiennes.

Le soleil est chaud. Incroyablement chaud. C'est le mois d'août en Colombie-Britannique et déjà, pendant mon séjour, la chaleur étouffante et la sécheresse ont fait flamber les forêts. C'est le genre de course où les routes sont si sèches que chaque pas crée un petit nuage de poussière. Je suis plus rouge que les baies qui poussent dans les bois ici, mais le but de cette course n'est pas la vitesse, c'est de passer un peu de temps en solitaire tout en explorant grâce à l'exercice physique. J'ai une théorie qui tient la route depuis le milieu de mon adolescence et que je mets à l'épreuve chaque fois que je voyage. En voyage, la meilleure façon d'explorer une nouvelle région est d'y aller à son propre rythme... et de préférence en solitaire, de temps en temps.

Cette philosophie m'a conduit le long de rues bordées de cerisiers en fleurs dans le pittoresque Cape Cod, où chaque maison ressemble à une maison de poupée. J'ai couru au lever du soleil en Jamaïque sur des rythmes reggae, alors que les fêtes de la veille se poursuivaient et que le ciel pâlissait pour laisser place à un lever de soleil d'un rose parfait. En Irlande, je suis partie de la maison de campagne de ma tante à la recherche d'un pub authentique et chaleureux, mais j'ai été accueillie par de fortes pluies irlandaises. Une fois, j'ai couru à travers des quartiers du nord-est du Brésil en passant devant des maisons colorées comme des crayons de couleur et des chiens de rue qui se réveillaient à peine pour la journée. Lorsque je suis arrivé au point de vue qui surplombe la ville, j'ai su qu'il s'agissait de l'un des points forts de mon voyage.

En voyage, la meilleure façon d'explorer une nouvelle région est d'avancer à son rythme... et de préférence en solitaire, de temps en temps.

Chez moi, j'ai pu assister à un magnifique coucher de soleil dans les Maritimes, alors que des bateaux de pêche ressemblant à des jouets se balançaient au large des côtes. J'ai ensuite mangé du poisson salé pêché dans l'océan. Et puis, il y a eu toutes les aventures de ski où les pistes de montagne fraîchement gelées auraient très bien pu être le décor d'un conte de fées. Ou encore, je pourrais parler de l'observation de la tour du CN depuis mon kayak (ce n'est pas l'expérience urbaine la plus évidente, mais elle permet d'apprécier la silhouette de la ville sans son bruit). J'ai couru le long de magnifiques trottoirs de Montréal, j'ai admiré l'incroyable architecture de la ville et j'ai récompensé mes efforts en mangeant un bagel montréalais. (Si tu n'as jamais goûté à la cuisine canadienne-française, tu rates quelque chose !)

Alors oui, quand je suis dans un nouvel endroit, je trouve toujours le temps de courir (de préférence), de faire une randonnée (probablement), de nager, de faire du vélo ou de la planche à voile (si l'occasion se présente). Me voici donc en ce chaud après-midi d'été dans la plus belle province du Canada. J'ai laissé derrière moi le refuge des randonneurs et j'ai fait mon jogging en passant devant la maison du voisin. Je me dis qu'il serait agréable de vivre ici, dans les montagnes, dans cette région verdoyante et touffue, si paisible et si sereine. Je ne peux m'empêcher de remarquer que les étés canadiens sont accompagnés d'une odeur florale distincte mélangée à celle du pin. Les bois. C'est une odeur qui me manquait, sans que je m'en rende compte. J'aimerais pouvoir la capturer et l'emporter avec moi lorsque je partirai. J'emprunte un autre virage, passe devant la source d'eau chaude de montagne locale et la vue sur le lac s'ouvre. C'est le bonheur.

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Lorsque tu choisis d'explorer par tes propres moyens, tu travailles dur pour l'aventure que tu vis. Un petit lac glaciaire au cœur des bois est encore plus beau lorsque tu as transpiré des litres d'eau et senti des brûlures dans tes muscles pour le trouver.

Si ce n'est pas encore évident, je plaide ici en faveur des voyages actifs. Qu'il s'agisse de randonner dans la nature canadienne, de courir un marathon dans les rues de Vancouver, de faire du vélo en Europe et de trouver un bistrot caché servant le meilleur café, ou de déambuler dans les quartiers de Séoul à la recherche des meilleures nouilles, je parierai que c'est là que tu te forgeras quelques-uns de tes meilleurs souvenirs de voyage. Lorsque tu es physiquement responsable de ta propre aventure, tes sens sont plus sollicités, tu es plus immergé dans le paysage, tu vas à un rythme plus lent (que, disons, un bus ou une camionnette) et tu as donc plus de chances de saisir les petits détails - les petites nuances sous-estimées qui donnent à un lieu sa personnalité.

Un jour, je me suis promené sur un sentier de montagne colombien et je suis tombé sur la maison de ce qui devait être un jardinier. Elle était couverte - et je dis bien couverte - de fleurs. Dans un pays qui exporte ses fleurs dans le monde entier et qui organise chaque année un festival et un défilé de fleurs, il est logique que ses citoyens transforment leur maison en un jardin de roses et de lys. Pourtant, je n'ai pu que m'arrêter et admirer. Si j'avais été dans une voiture ou dans un bar de la ville, ce moment ne se serait jamais présenté.

Lorsque tu choisis d'explorer par tes propres moyens, tu travailles dur pour l'aventure que tu vis. Un petit lac glaciaire au cœur des bois est encore plus beau lorsque tu as transpiré des litres d'eau et senti des brûlures dans tes muscles pour le trouver. Il en va de même pour un déjeuner dans un restaurant familial à la campagne après avoir pédalé toute la matinée. Peu importe ce que tu manges, je sais que c'est meilleur que si tu y étais allé.e en voiture.


Mais revenons à cette course étouffante quelque part sur une route au milieu des montagnes. Je ne cours que sur une petite route, non pas parce que je pense que ce sera l'aventure la plus extraordinaire de la semaine (ce ne sera pas le cas... Je veux dire, comment ce petit jogging peut-il être comparé à des randonnées d'une journée entière avec des vues sur des glaciers de montagne, des forêts de pins et des prairies sur un sentier au-dessus de la limite des arbres ? Ce n'est pas possible.) Au lieu de cela, je cours parce que même les mini-aventures actives débouchent généralement sur quelque chose de cool. Et puis, j'ai le temps. Qu'est-ce qu'on est censé faire d'autre ici de toute façon ? Je continue en passant devant les sources d'eau chaude, la petite boutique de souvenirs, et je m'arrête sur la route pour laisser passer une jeep. Le lac n'est qu'à 200 mètres. Je me lance. Je suis aussi rose qu'un saumon sauvage. Je retire mon t-shirt, j'enlève mes chaussettes et mes chaussures de sport, mais je m'arrête un instant pour admirer la scène et prendre une photo des eaux du lac et des montagnes derrière elles.

Je saute et je sens mon corps plonger sous l'eau. J'avais raison : l'eau du lac est si froide que j'ai l'impression qu'elle rétrécit ma peau. J'ai des fourmis dans les jambes, je suis gelée et j'essaie de reprendre mon souffle. Puis, je me hisse à nouveau sous les vagues, mon corps glissant juste sous la surface alors qu'il commence à s'adapter au froid. Je nage un peu plus loin en faisant les mouvements que je connais depuis presque toujours. J'atteins le point idéal, à une distance sûre du rivage, mais avec suffisamment d'espace pour apprécier la vue et flotter.


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Ensuite, j'arrête de marcher sur l'eau suffisamment longtemps pour laisser mon corps se laisser porter par l'eau qui monte et descend au gré des vagues. Je me sens heureuse et reconnaissante. Ce n'est pas tous les jours que j'ai l'occasion de me trouver au milieu de l'un des plus beaux paysages que le Canada puisse offrir. Il est rare de pouvoir flotter au milieu d'un lac par une journée étouffante tout en admirant les pics glaciaires qui se dressent devant moi. Il n'y a même pas personne ici ! J'ai tout cet espace pour moi. Je pense au nombre d'amis qui m'ont dit qu'ils aimeraient visiter le Canada un jour et à quel point ils tueraient probablement pour barboter à mes côtés en ce moment. C'est incontestablement un si beau pays. En vérité, je me sens un peu trop gâtée de l'avoir pour moi toute seule.


Je nage jusqu'au rivage, je grimpe sur le quai et je m'étale, laissant les rayons du soleil réchauffer ma peau qui n'a plus qu'une légère teinte violette. C'est dans ces moments-là que je ressens la joie la plus pure : pas de notifications, rien à craindre, juste une femme qui joue dehors et qui explore. Sur ce, j'enfile à nouveau mes chaussures et je retourne au lodge.

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