Me faire briser le coeur en Norvège est l'une des meilleures choses que j'ai pu vivre

29.07.21

J'étais jeune. Ce n'est pas une excuse, je sais, mais ça explique peut-être un peu les choses. Bon, pour être honnête, je n'étais pas si jeune. Vingt-trois ans, surestimant la sagesse que j'avais acquise durant ma courte vie. Mon histoire est universelle à certains égards, et totalement personnelle à d'autres : une enfant d'immigrés, ayant grandit en Californie se rend compte qu'il y a quelque chose de plus grand ailleurs et, à 23 ans, après avoir rompu les liens avec un ex-copain, commence à réaliser que c'est le moment de se lancer. Dans mon cas, il s'agissait du classique voyage en Europe en sac à dos. Je partais d'Istanbul, traversais Vienne, la Slovénie, l'Italie, la Croatie, la Bosnie, puis m'installais quelques temps un peu à Oslo, où ma famille éloignée m'accueillait, moi et mon compte en banque vide.

Célibataire depuis peu, n'ayant eu de relations sexuelles avec presque personne, je me suis convaincue que ce voyage était pour juste moi... et fort probablement pour l'homme que je rencontrerais pendant mon voyage. J'étais dans la fleur de l'âge, attachée à rien ni à personne, j'étais confiante - du moins, c'est ce que je pensais.

Je sais, je sais. J'étais assez mature à l'époque pour me dire que, le véritable cadeau d'un voyage à l'étranger en tant que femme seule, serait le développement de mon indépendance. Mais, j'avais oublié le fait que, dans n'importe quel contexte, je suis toujours égale à moi-même.

Ceci veut dire que j'ai beaucoup fantasmé. Dans l'avion pour Istanbul, pas encore sortie de l'espace aérien américain, je passais directement au chapitre "love" de Eat Pray Love en regardant autour de moi, à la recherche d'un autre voyageur partant à l'aventure et de préférence, que je trouvais de mon genre. Non, je ne partais pas en voyage pour trouver un mari à l'étranger ou pour entamer une nouvelle relation directement après ma rupture. Pourtant, mon désir de "connexion" était assez fort.

Pendant la première partie de mon voyage, j'ai séjourné dans des auberges ici et là, sympathisant avec d'autres femmes qui partageaient des histoires similaires à la mienne ou, autrement, scrutant la pièce à la recherche de "cet autre". Je parle de cet autre voyageur solitaire, journal à la main, concentré sur le fait d'être "dans sa bulle" jusqu'à ce qu'il tombe lui aussi soudainement sur son âme soeur. Ce sont toutes les scènes que je jouais dans ma tête, tandis que je traversais les capitales européennes les plus connues en me disant : "Je suis tellement une femme forte et indépendante". Tout ça n'a pas duré très longtemps.

Lorsque je suis arrivée en Norvège, j'avais abandonné l'idée de vivre une expérience amoureuse à l'étranger. Il ne se passait rien. Le dé-sert. Je me suis fait des amies, dont certaines qui étaient dans la même situation que j'avais vécu quelques mois auparavant. Elles se remettaient de leurs ruptures, elles étaient en guérison, des ex-copines voulant sortir en ville pour rencontrer quelqu'un. Moi, la touriste, la femme indépendante qui venait de terminer les premières semaines de son voyage, étais censée jouer le rôle "d'entremetteuse" comme on dit. Et ensuite, c'est arrivé. L'amour de voyage. C'est parti.

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C'est arrivé une nuit, deux mois après mon arrivée en Norvège. J'étais à une fête à Oslo avec une amie. Il etait une heure du matin et j'étais prête à rentrer chez moi, mais mon amie me persuade de faire un dernier arrêt dans un bar au centre-ville. À ce stade, je suis quasi-certaine que que mon âme sœur n'est pas norvégien. Je suis juste heureuse de voir mon amie se trouver une aventure pour la nuit.

Il neige, et à l'intérieur du bar, c'est bruyant, bondé et chaud, rempli de corps scandinaves ivres. Lui, il est au bar à côté de moi et attend pour commander. Il prend un verre d'eau et je lui dis, "Vodka, c'est ça ?", me trouvant bien drôle. Des rires s'ensuivent. Un norvégien, amusé par mes blagues ? Ok. Peu importe. C'est probablement rien. Pourtant, on commence à parler. Il connaît le monde. Les pays. La politique. La justice sociale. Il se dit féministe et le pense. Il mentionne qu'il a été dans la ville où je suis née, Mostar. "J'ai peint un tableau du pont pendant que j'étais là-bas", me dit-il. Ok, cool, cool, cool, il a peint un tableau du monument le plus célèbre de ma ville natale, celui pour lequel j'ai écrit des poèmes toute ma vie. Bien, bien, bien. Tout va bien. De toute façon, le tableau du pont est probablement moche. 

Pendant ce temps, le barman fait un dernier appel alors que j'aperçois mon amie en train d'embrasser sa rencontre de la soirée tout près de nous. Il l'a invitée chez lui et, en tant que bonne wing-woman, je me retrouve dehors, dans la neige, à contempler mon coup-de-foudre (ou devrais-je dire mon "coup-de-fous-rires'), puis mon amie, à qui je devrais être loyale. Elle ne voulait pas y aller seule. Je propose alors à mon coup de foudre qu'on l'accompagne ensemble, chez cet homme aux dreadlocks avec lequel mon amie va passer la nuit. Il dit oui.

Nous passons la nuit à nous embrasser sur le canapé de cet étranger. Il y a des scènes de rires et on se raconte nos familles, nos histoires de vie. À un moment donné, il pose ma main sur son cœur et me dit : "J'aime ça."

Je suis donc là, à ressentir les battements de cœur d'un gars que je viens tout juste de rencontrer et qui coche presque toutes les cases, et je me demande, à quel point il fait froid en Norvège en hiver?

Une fois le soleil levé, on part de l'appartement, on prend un café ensemble avec mon amie et nos chemins se séparent. Les numéros s'échangent, les visages rayonnent d'amour, et je me dis que quelques minutes plus tard, il m'enverra un message texte me demandant en mariage et que je répondrais tout simplement oui.

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Il s'avère qu'après 24 heures éprouvantes à interpréter tous les sons possibles comme des messages texte, je passe à l'action et je l'appelle. Pourquoi pas. Je suis une femme indépendante et en pleine possession de ses moyens, qui dit que je ne peux pas l'appeler ? À ce stade, mon esprit est déjà en train de faire une présentation PowerPoint à mon cœur, présentant toutes les raisons pour lesquelles il est tout à fait logique qu'il n'ait pas appelé en premier. Pour commencer, il est norvégien. Les conversations avec des inconnus sont pratiquement sponsorisées par l'alcool dans ces régions. Il est timide, inexpérimenté. Je l'appelle. Il dit qu'il me rappellera après le dîner, et il le fait. Je passe deux heures à me promener dans un parc pour enfants à deux pas de chez mon oncle et ma tante, le cellulaire scotché à l'oreille.

La deuxième date est plus intense, plus intime. On est tous les deux sobres. Je dois manger un burger devant lui et je me vérifie sous tous les angles pendant mes passages aux toilettes. Ensuite on va chez lui - un appartement de rêve que je n'aurais pas pu mieux décorer. Des vinyles au mur, des étagères remplies de livres sur la justice sociale, des posters zapatistes accrochés dans différents coins de la pièce. J'étais déjà vautrée sur le canapé en pensant que je pourrais m'habituer à ça. Rapidement, nous sommes allés dans sa chambre. On s'est embrassés, oui, mais le sexe ne marchait pas vraiment. Je ne me sentais pas prête à essayer et il semblait légèrement frustré, mais compréhensif. Plus tard, j'ai repassé cette nuit en boucle dans la tête, en me demandant si c'était ça, la raison de tout.

Le lendemain matin, je suis partie et j'étais encore toute excitée à l'idée d'avoir trouvé LE bon. Assise à la station de tram en attendant mon retour, j'avais un de ces sourires en coin et je regardais Oslo en pensant "oh que je vais vivre ici". Oui, je pourrais m'habituer à la Norvège - mais en été. Et tout de suite, c'est l'hiver. Mes lunettes teintées, très teintées m'ont aveuglé du fait que j'ai grandi en Californie et que j'ai du sang de l'Europe du sud. La Norvège n'est pas ma place, du moins en ce qui concerne la météo. Et puis je me suis dit, "Carpe diem. Par amour, n'importequoi."

Des heures passent sans nouvelles. "Ces vikings timides", me disais-je, qui "laissent les femmes faire". Si avant-gardistes. Pendant qu'il jouait les distants, j'étais déjà au bureau de police pour prolonger mon visa, postuler à des emplois, séduite à l'idée que ma vie prenne un tout nouveau tournant. Ma raison pensait que c'était pour la Norvège, mais mon coeur savait que c'était pour lui.

"Ça viendra avec le temps", ai-je pensé. "Il faut qu'il apprenne à me connaître. Qu'est-ce qu'on ne peut pas aimer de moi? "

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Cet été là, on a tous les deux fait des voyages différents. Il est allé en Amérique du Sud et moi à Paris. Nos vols partaient le même soir et nous avons partagé une bière à l'aéroport avec son compagnon de voyage, c'était un moment un peu gênant. Il m'a appelé quelques nuits plus tard, mais ensuite plus rien. Lorsque nous nous sommes retrouvés à Oslo, assis dans un restaurant devant des crêpes, il m'a dit qu'il avait rencontré une femme pendant son voyage et qu'il voulait que ça devienne plus serieux.

Et alors que j'étais assise là, une crêpe à la main, la vérité m'a frappée de plein fouet. Celle que je n'étais pas prête à accepter. J'étais juste une amie.

Une amie? Mais je suis incroyable. Mon coeur essayait de sortir des débris du château imaginaire que j'avais construit tandis que mon esprit faisait des heures supplémentaires pour trouver des stratagèmes de reconquête. Honnêtement, je pensais qu'il s'agissait de perdre deux kilos, de rafraîchir ma garde-robe, de le croiser par hasard et d'avoir toujours l'air Instagrammable. Je m'inventais constamment des excuses. Il a peur de s'engager, il ne me connaît pas encore assez bien, il a peur de précipiter les choses, il va comprendre que la Brésilienne n'est pas une bonne idée. Il se souviendra de ma main sur son torse et des battements de coeur. J'ai confiance. Lentement, mais sûrement.

Ce serait pas malin d'arrêter l'histoire là ? D'en finir, de rassembler mes gains et mes pertes et de me souvenir que mon intention de voyager en solo à travers l'Europe était pour apprendre à me découvrir ? Certainement. Est-ce que c'est ce que j'ai fait ? Bien sûr que non, sinon on ne serait pas ici à en parler. Je faisais partie de l'équipe amour. Je ne pouvais pas accepter qu'il ne soit pas intéressé.

Et alors que j'étais assise là, une crêpe à la main, la vérité m'a frappée de plein fouet. Celle que je n'étais pas prête à accepter. J'étais juste une amie.

Le temps filait. Mon visa était sur le point d'expirer et je ne trouvais pas d'emploi pour m'aider à rester plus longtemps avec un permis de travail. Puis, un soir de comédie musicale, on m'a présenté l'idée d'un programme de maîtrise gratuit à l'université locale. J'avais raté la date limite pour l'année scolaire suivante, certes, mais si je retournais en Californie et que j'envoyais ma demande, je pourrais revenir dans un an et demi avec un motif éducatif - certainement pas pour lui. J'ai donc fait mes baggages, et on s'est dit au revoir au téléphone.

Je suis retournée en Californie. J'ai pensé à lui, parfois. J'imaginais surtout des scènes où j'étais devenue super sexy et où je le croisais à Oslo, du genre : "Oh, tu vis ici toi aussi ?" Nous avons échangé un ou deux messages sur Facebook pendant cette année et demie. J'ai postulé et j'ai été acceptée. En août, 18 mois plus tard, je faisais mes valises pour rentrer, à l'improviste et en mission, certes, mais aussi nourrie par huit scénarios hollywoodiens différents qui défilaient dans ma tête. 

Les conditions étaient toutes réunies lorsque je l'ai rencontré deux semaines plus tard à un party. Je l'ai vu à l'autre bout de la pièce, en train de danser avec des amis. C'était le moment. Je me suis dirigée vers lui et je l'ai abordé avec désinvolture, du genre, "Oh, t'es toujours en vie ? Moi je suis à la maîtrise !" (manifestement très indépendante et pas du tout intéressée par les engagements). Puis je suis partie. J'ai pensé que ça avait peut-être marché quand il m'a invitée à sortir quelques semaines plus tard.

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On s'est revus et on a décidé de repartir à zéro. Pas d'attaches, pas de plans, pas d'idées. On se retrouvait en tant qu'amis et on laissait le vent nous porter. On organisait des soirées artistiques dans un café local, en traînant et en bricolant pendant qu'il travaillait sur ses vieux croquis. Nous buvions des bières jusqu'à ce que nous soyons pratiquement nez à nez dans nos conversations, riant et pleurant et partageant tout. Le temps que nous passions ensemble me donnait beaucoup d'espoir, mais l'angoisse que ça ne fonctionne pas me donnait le vertige - encore et encore. Avant chaque sortie, je consultais mes amis qui m'offraient des heures de thérapie gratuite, pour m'encourager à lui dire ce que j'avais sur le coeur. Je me disais : "Ce soir, c'est le grand soir !" Mais j'en étais incapable. Je cherchais la réponse dans ses yeux, dans son visage, dans son sourire, mais je n'arrivais pas à lui dire "Je suis en amour, est-ce que toi aussi ?"

L'été suivant mon retour à Oslo, il m'avait invité à un festival de musique dans le nord de la Norvège, sur une île appelée Træna. J'ai passé des journées à me demander si je devais y aller ou non, ce que ça ferait d'être là avec lui, de devoir cacher un sentiment d'affection et de risquer de le voir trouver quelqu'un d'autre. J'ai décliné l'invitation, mais pendant la première nuit de ce festival de quatre jours, je me suis dit : "On ne vit qu'une seule fois. Yolo. J'y vais". J'ai fait mon sac, je suis allée sur le bord de l'autoroute à Oslo et j'ai levé le pouce. Direction le Nord, s'il vous plaît, à seulement 938 kilomètres, plus un trajet supplémentaire en ferry de 73 kilomètres. Avec un peu de chance, tout ira bien.

Mon premier lift était une voiture de police, qui m'a éloignée de l'autoroute ; je suppose que c'était illégal de faire du pouce. Par la suite, j'ai attendu dans un relais routier pendant huit heures au milieu de la nuit. J'ai failli abandonner. Au total, j'ai eu trois chauffeurs incroyables qui ont écouté mon histoire d'amour, de perte, et qui m'ont dit que je devais me rendre à ce maudit festival et proclamer mon amour à ce gars. Ils m'ont dit la même chose que je me disais encore et encore: il est probablement timide, peut-être aussi qu'il ne sait pas comment demander si je l'aime en retour. On a fait toute une blague sur cette mission qui était de "m'emmener au festival".

Le temps me manquait. Apparemment, les chauffeurs routiers ont besoin de faire des pauses. Le dernier soir du festival, on m'a déposé sur le quai de la rive la plus proche, environ 36 heures après mon départ, 36 heures où j'ai déballé ma vie amoureuse à des inconnus, et qui étaient aussi investis dans cette histoire que moi. Il était environ 18 heures et le quai d'embarquement était bordé de ferries et de bateaux de passagers amarrés. J'ai vérifié l'horaire du ferry - rien. Je suis arrivée 30 minutes trop tard. Tous les bateaux étaient déjà partis. Je suis allée demander aux habitants si quelqu'un allait dans cette direction ce soir. Rien. Je l'ai appelé et lui ai dit, "Hey, je voulais te surprendre, mais je suis coincée." Il m'a répondu : "C'est dommage, mais si tu réussis à te rendre quand même, nos tentes sont installées juste à côté d'un énorme symbole phallique !"

My Little Tent

J'ai passé la nuit à me promener dans une ville portuaire. Un gars m'a invité à monter sur son bateau-maison, puis m'a dit que ce serait peut-être mieux que je dorme dehors. J'ai trouvé un ferry et on m'a dit qu'il allait se rendre sur l'île, mais pas avant cinq heures du matin, pour ramener le premier groupe de participants au festival qui rentrent chez eux. "Ok", j'ai pensé, "on dirait que c'est ma seule option".

Ce moment était magique. J'étais là, seule passagère d'un magnifique ferry, un chocolat chaud à la main, observant les fjords norvégiens depuis le poste du capitaine. Ils m'avaient invité à monter pour avoir la meilleure vue, étant donné que j'étais la seule sur le bateau. Pendant un moment, j'avais oublié ce sentiment permanent d'anxiété. Puis, nous sommes arrivés. Des tonnes de personnes attendaient d'être ramenées sur le continent. J'étais la seule personne à marcher vers le centre de l'île, en passant devant des centaines de personnes qui partaient dans l'autre sens.

Pendant un moment, j'avais oublié ce sentiment permanent d'anxiété.

J'ai repéré le symbole phallique facilement. C'était vraiment phallique. Je voulais le surprendre, alors j'ai fait mon chemin sans l'appeler, en passant devant les restes de la soirée d'avant. Tente et sac à dos en main, j'étais une femme indépendante, libre, pleine d'espoir. Je suis finalement arrivée à la statue. Tout autour d'elle, les tentes étaient encore fermées, les occupants en train de dormir. Comment trouver la sienne ? J'ai essayé de l'appeler, mais son téléphone était éteint. Finalement, j'ai vu ses chaussures juste devant l'une des tentes. Puis j'ai entendu son ronflement. Lentement, j'ai ouvert la tente pour le réveiller doucement, jusqu'à ce que j'aperçoive des chaussures de femme. Jaunes. De pluie. Des bottes. Trop petites pour lui. Pas sa couleur. "MERDE". Des bottes. Des bottes de femme.

Mon cœur et mon cerveau ont cessé de fonctionner pendant quelques secondes.

J'ai refermé la tente tranquillement. Je me suis éloignée lentement. J'ai trouvé un endroit à quelques mètres de là et j'ai installé ma tente face à l'eau. Pendant un moment, quelques baleines ont surgi et m'ont offert du réconfort. Puis je me suis glissée dans ma petite grotte et je me suis couchée. Il était encore tôt le matin. Quand je me suis réveillée, j'entendais sa voix et la sienne, celle de leurs amis et d'autres femmes. Je me suis sentie comme une idiote. Il ne me rappelait pas, pas même pour savoir si j'étais arrivée. Je me suis dit, ce n'est pas ce que font les vrais amis. Je me suis cachée dans ma tente jusqu'à ce qu'ils partent, des heures plus tard. Une fois qu'il était déjà parti, il m'a appelé et je lui ai dit que j'étais fachée.

J'ai passé trois jours à camper là-bas - et ça en valait la peine. J'ai rencontré une autre femme, on s'est baignées toutes nues et on a cuisiné sur le feu de camp. C'était ma faute, je pensais. Je n'aurais pas dû insister. Je suis revenue à Oslo et j'ai continué à être son amie, à écouter ses histoires, à prétendre que tout allait bien. Je l'ai invité à venir en Californie, pour voir d'où je venais. Il a accepté. Nous avons passé trois semaines ensemble, à rouler dans une voiture empruntée et à faire semblant que mon cœur ne se brisait pas perpétuellement. Puis la vie - je l'ai surpris en train de faire ses besoins, nous avons eu des désaccords sur l'argent, mes parents ont essayé de me vendre à lui comme une chèvre. Ils savaient que je l'aimais et ils m'aimaient aussi. Ils pensaient aussi qu'il ne me connaissait pas assez bien.

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Combien de temps dure un programme de maîtrise ? Deux ans. Combien de temps je me suis laissée souffrir dans la friendzone ? Deux ans. À la fin, la tension s'est accumulée et a débordé. Je lui ai dit que c'était toujours difficile pour moi d'être son amie et nous avons "rompu". J'ai brisé mon propre coeur, nous avons brisé notre amitié et il est parti en se demandant ce qui venait de se passer.

J'étais vraiment déçue de moi-même. Je me suis lancée dans ce voyage en me sentant libre, vivante, indépendante, et puis j'ai été accrochée à une idée de la liberté qui était entièrement liée à quelqu'un d'autre.

C'est comme ça avec les voyages, n'est-ce pas ? Une partie d'expérience, une partie de fantaisie. Il doit y avoir quelque chose dans le nouvel environnement, la langue, la nourriture, la communauté. Le manque de familiarité peut faire appel à nos côtés les plus imaginatifs, ceux qui rendent les nouvelles vies pleinement possibles. Désirables ! Lorsque ton monde s'élargit, ton esprit et ton cœur le suivent. Je sais, racontée comme ça, l'histoire semble un peu folle, mais dans le moment, c'était... émotionnel. Surtout, c'était constamment douloureux.

Sortir de notre zone de confort et entrer dans le monde de "l'autre" peut nous rendre vulnérables, sensibles, mais aussi plus grands. Nous sommes supposés prendre des chances, inviter le risque, faire des choses qui engendrent la réaction suivante auprès de nos amis. "Tu as fait quoi ?!". Pourtant, l'étendue de ce risque ne doit jamais être telle qu'elle nous éloigne de qui nous sommes, et de ce qui nous fait du bien.

Au contraire, l'astuce consiste à rester à la fois ouvert et enraciné. Le voyage nous offre l'occasion de nous étendre de multiples façons, mais l'expansion ne doit pas nécessairement être une destruction de l'ancien, ni un faux sentiment de nouveauté. Nous pouvons rester fermement attachés à ce que nous avons toujours été, tout en se développant vers l'extérieur. L'expansion doit être un mouvement vers les choses qui nous font sentir authentiques, et non vers des fantasmes qui nous blessent dès qu'ils quittent la sécurité de notre esprit.

Au final, j'ai survécu. J'ai échoué, oui, mais j'ai aussi réussi. J'ai terminé ce programme et je l'ai laissé me guider plus loin dans mon voyage. Je vis ici maintenant, en Europe, grâce à ce garçon, cet amour, ce désir. Et j'en suis reconnaissante, vraiment.

Cet article fait partie du
Numéro 3

Histoires de coeur

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