Interview : La traversée du Canada de Nomad Junkies 

22.07.19

Après avoir exploré 65 pays, Safia et Emilie les fondatrices du blogue Nomad Junkies, ont décidé d’explorer le leur : le Canada ! Elles te racontent leur roadtrip de 60 jours d'Ouest en Est et partagent avec toi leurs meilleurs conseils...

1. Allô les filles! Est-ce que vous pourriez nous parler de la création de Nomad Junkies, comment ça s’est passé ?

Safia : « On a lancé Nomad Junkies il y a maintenant plus de cinq ans. Après quelques années à travailler en agence de pub, on trouvait que les 2-3 semaines de vacances qu’on avait par année n’était pas assez. Il y avait un mouvement aux États-Unis de jeunes professionnels qui mettaient leur vie sur pause pour aller explorer le monde pour une période de temps indéfini. Emilie avait déjà goûté à ce mode de vie et moi j’avais déjà voyagé à long terme à plusieurs reprises. Lors d’un souper où on était toutes les deux à Montréal en même temps, on a eu l’idée de lancer une plateforme en ligne qui allait faire la promotion de ce mode de vie nomade, encore assez méconnu au Québec. Quelques semaines plus tard, on se retrouvait en Équateur pour lancer officiellement Nomad Junkies. »

Emilie : « En 2012, j’ai quitté mon emploi en publicité pour explorer le monde en sac à dos. En 2014, Safia et moi avons créé Nomad Junkies pour démocratiser le voyage à long terme et montrer qu’il existe plein d’options différentes pour voyager non-stop.»

2. Vous passez la plus part de votre temps hors du Québec. Vous pouvez nous en dire plus sur votre style de vie?

Safia : « Au tout début, lorsque j’ai quitté le Québec pour la Corée, j’avais comme mission de voyager tout en trouvant des emplois à l’étranger, soit en enseignant l’anglais comme seconde langue ou par le biais d’un visa vacances-travail. J’ai rapidement réalisé qu’enseigner n’était pas quelque chose que j’avais envie d’entreprendre. Par hasard, je suis tombé sur la tournée Cavalia alors que j’étais à Singapour. J’ai accepté un poste permanent pour ensuite suivre la tournée dans plusieurs pays d’Asie pendant presque 2 ans. Par la suite, avec la croissance de Nomad Junkies, j’ai adopté un mode plus « digital nomad » afin de me consacrer à notre business à temps plein. Depuis, je recherche les endroits dans le monde où le coût de la vie est peu cher, mais où on trouve une bonne connexion internet stable. Je reviens au Québec quelques fois par année lorsqu’on organise des événements, mais autrement, home is where my backpack is. »

Emilie : « Depuis les cinq dernières années, on passe environ 90% de l’année à l’étranger, c’est pas qu’on n’aime pas être au Québec, au contraire, on adore voyager dans notre province et être avec nos proches. C’est juste qu’il y a tellement de merveilleux endroits à explorer, c’est difficile de ne pas vouloir continuer à visiter de nouveaux endroits, faire de nouvelles rencontres et essayer de nouvelles choses. On a la bougeotte, c’est notre côté accro au mode de vie nomade.

Le roadtrip au Canada des Nomad Junkies

Voyager au Canada d'Ouest en Est

3. Qu’est-ce qui vous a le plus surpris pendant votre traversée du pays? Quelque chose auquel vous ne vous attendiez pas?

Safia : « D’abord, notre pays est immense et c’est dommage qu’on ait attendu aussi longtemps pour l’explorer. Il y a tellement de choses à voir, à faire et à essayer! Je suis contente qu’on ait fait la traversée de l’ouest vers l’est. De cette façon, après l’émerveillement des Rocheuses, on savait qu’on devait continuer de chercher le plus beau de ce que chaque province a à offrir. Je suis tombée sous le charme des Prairies avec ses couchers de soleil spectaculaires ainsi que ses villes vibrantes qui méritent d’être connues. Une traversée du Canada offre également une ouverture sur les communautés autochtones qui y habitent depuis des milliers d’années. Leur histoire se doit d’être entendue d’un océan à l’autre. »

Emilie : « Ce qui m’a plus surprise c’est la diversité de paysages et la panoplie d’activités excitantes à faire. Je dois avouer que j’avais la perception que toutes les provinces ressembleraient un peu au Québec (à part les Rocheuses disons). Mais honnêtement, ça m’a épaté de voir qu’il y a tant de choses différentes à tous les niveaux au Canada. Pour les activités, on est vraiment gâtés, il y a tant à faire et les prix des activités sont une fraction du prix pour des activités similaires en Nouvelle-Zélande, en Australie ou en Europe. C’est accessible de faire du surf à Tofino, du cheval dans les Prairies et du canyoning en Gaspésie. En plus, plusieurs activités trépidantes sont gratuites comme un safari pour voir les bisons au Manitoba et chasser les icebergs à Terre-Neuve.

4. Quelle est l’auberge et la ville que vous avez le plus aimé et pourquoi ? Un moment ou un souvenir que vous avez apprécié là-bas ?

Safia : « J’ai particulièrement aimé le HI Trinity Skerwink Hostel à Terre-Neuve. Gavin et Martha sont un jeune couple hyper accueillant qui nous ont fait sentir comme si on était à la maison. Ils ont une connaissance approfondie des environs et les écouter parler nous a donné envie de prolonger notre séjour de plusieurs semaines afin de faire toutes les activités proposées. Terre-Neuve est définitivement une province qui gagne à être explorée. Les mordus de plein air ou même ceux qui veulent décrocher en nature vont sans aucun doute y trouver leur compte. Un de mes coups de cœur de la traversée est lorsqu’on est parti à la chasse aux icebergs. C’était tellement hypnotisant de se retrouver devant ces géants de glace! »

Emilie : « Personnellement, mon auberge préférée dans notre traversée du Canada était HI Sainte-Anne-des-Monts aka le Sea Shack. C’est une des rares auberges au monde à avoir une plage de sable aussi gigantesque, on peut y voir le lever et le coucher du soleil. On peut regarder les baleines directement de la terrasse et de la plage - même pas besoin d’un tour de bateau pour admirer leur jet. C’est magique ! De l’auberge, on peut faire une foule d’activités, comme de nombreuses randonnées au Parc National de la Gaspésie et du canyoning.

C’est aussi un endroit pour faire la fête. En fait, c’est sûrement l’auberge la plus party du Canada. Des bands de musique performent live à quasi tous les soirs. Enfin, j’adorais les petits chalets colorés où l’on peut s’endormir et se réveiller en regardant la mer de son lit. Mes autres auberges coups de cœur au Canada sont : HI Tofino, HI Whistler, HI Charlottetown et le HI Rossburn.

5. À vous deux vous avez voyagé dans plus de 60 pays. Quelle est la plus grande différence entre voyager au Canada et dans d’autres pays ?

Safia : « À part le fait qu’on comprend tout étant donné qu’il n’y a pas de barrière linguistique, étrangement, le Canada nous a rappelé plusieurs pays qu’on a déjà visités. Les Rocheuses rappellent les Alpes, Terre-Neuve c’est un peu comme la Scandinavie, Winnipeg a des airs de Melbourne… Par-contre, un élément sur lequel on gagnerait à s’améliorer est le réseau de transport. C’est vrai que c’est possible d’utiliser les transports en commun, mais l’accès aux sites touristiques et parcs nationaux est grandement limité. Il faut vraiment avoir une voiture si on désire sortir des grandes villes et s’aventurer hors des sentiers battus. »

Emilie : « Personnellement, je trouve que voyager au Canada en backpack se distingue des autres pays que j’ai visité parce que c’est 1) très sécuritaire, 2) propre, 3) accueillant et 4) immense!

Sécuritaire : Ça fait du bien de voyager sans avoir à toujours surveiller attentivement ses affaires et c’est cool de pouvoir marcher le soir sans soucis (ce qui est différent des grandes villes occidentales et de plusieurs pays en Afrique ou en Amérique latine)

Propre : Le Canada, c’est vraiment propre.  Même les toilettes des stations-service sont soigneusement nettoyées (je ne sais pas pourquoi, mais ça m’a marqué! J). On est loin d’être en Inde ou plusieurs pays d’Asie.

Accueillant : Ça va paraître cliché, mais les Canadiens de n’importe quelle province sont extrêmement sympathiques, intéressés et dévoués envers leurs visiteurs. Ça me rappelle la Nouvelle-Zélande où les gens sont tellement gentils.

Immense : En conduisant la moitié du 12 000 kilomètres en 60 jours, j’ai bien réalisé la grandeur de notre pays. C’est fou, c’est le 2e pays le plus grand au monde et en parcourant les distances, on le ressent pour de vrai. Je ne m’attendais pas à tant d’espaces sauvages.

Les meilleures auberges de jeunesse au Canada, selon les Nomad Junkies

Roadtrip au Canada : leurs astuces

6. Qu’est-ce que vous donneriez comme conseils à d’autres Canadiens qui veulent explorer le pays ? Des conseils et astuces pour préparer son voyage ?

Safia : « Comparativement à l’Asie ou l’Amérique Latine, le Canada est un pays cher à visiter, mais il existe plusieurs façons de voyager sur un budget.

  • Rester en auberges de jeunesse et profiter des rabais offerts pour les activités touristiques par les partenaires des auberges de jeunesse
  • Cuisiner par soi-même
  • Visiter les parcs nationaux et lieux historiques nationaux qui sont très accessibles
  • Partager les coûts de transport en faisant du covoiturage
  • Voyager en saison basse ou pendant l’entre-saison »

Emilie : « N’attendez pas aussi longtemps que moi ! J’ai visité 65 pays avant de visiter le mien et c’était une erreur! Pour économiser, c’est important de bien identifier les meilleures options de transport, que ce soit le covoiturage ou la location de voitures à plusieurs. Prends une carte de points de chaîne de station-service et mets toujours de l’essence à la même bannière, ça va faire une différence dans ton budget. Tu dois aussi limiter les restaurants et plutôt te faire à manger en cuisinant dans les auberges. Prends une passe d’entrées annuelles de Parcs Canada, ça va te permettre ensuite d’accéder à tous les parcs nationaux sans débourser à nouveau. 

7. Vous voyagez en continu, comment cela à changer votre perception du voyage et du tourisme ?

Safia : « L’évolution des médias sociaux, spécifiquement dans l’industrie du tourisme, est un sujet qui suscite un véritable débat ces temps-ci. Il semble que plusieurs voyagent seulement dans le but de capter la prochaine photo Instagram. Certains lieux qui autrefois jouissaient d’une méconnaissance du grand public se voient ravagé par l’arrivée du tourisme de masse qui apprend de son existence via les médias sociaux. En tant qu’influenceur dans ce domaine, c’est difficile de se prononcer sur la question. On souhaite partager nos découvertes avec notre communauté tout en gardant le caractère unique et mystérieux des endroits qu’on visite. »

Emilie : « Personnellement, ma vision du voyage a beaucoup changé. Je prends conscience de beaucoup de choses, notamment l’impact du tourisme de masse. Avant j’appréciais vivre dans des pays parce que le coût de la vie n’était vraiment pas cher. Aujourd’hui quand je pense aux endroits où les expatriés s’installent et tirent avantage du coût de la vie, je me questionne : est-ce du colonialisme moderne? On vit comme des rois ailleurs alors que la qualité de vie des locaux est vraiment inférieure à celle des expatriés. Mais être un voyageur plus conscient ne veut pas dire voir seulement les aspects négatifs du voyage. Je vois aussi des aspects très positifs – certains pays moins « développés » que les pays occidentaux mettent sur pied des initiatives remarquables. Je pense notamment aux 34 pays africains qui ont banni ou limité l’usage du plastique depuis plusieurs années. Il y a toutes sortes d’initiatives inspirantes qui proviennent des pays que l’on considère du « tiers monde », une expression à bannir définitivement. À force de voyager, c’est sûr qu’on devient très conscient du monde qui nous entoure, à force d’être exposé à tellement de diversité. »

8. Est-ce qu’il y a un endroit au Canada et dans le monde où vous n’êtes pas encore allés mais qui est sur votre liste ?

Safia : « Pour le Canada, j’aimerais absolument visiter les territoires, maintenant qu’on a été dans chaque province. Le nord du pays me semble fascinant et rempli de merveilles de la nature qui n’attendent qu’à être découvertes. Sinon, je souhaite explorer la Nouvelle-Zélande, mais durant toute la traversée, Emilie faisait allusion au fait que le Canada lui rappelait ce pays. Dans une optique d’être un peu dépaysée, le prochain pays dans ma mire est le Népal. Je n’énumère pas tous les autres pays que j’aimerais visiter parce que la liste serait longue! »

Emilie : « Ah oui, la liste est longue! À force de rencontrer d’autres voyageurs qui me partagent leur périple, c’est contagieux. Vite comme ça, je dirais le Transsibérien, le Bhoutan, l’Afrique de l’Ouest, la Scandinavie, l’Asie centrale… Une vie, c’est pas assez pour tout voir! Au Canada, je rêve d’aller explorer les régions plus éloignées comme le Yukon, le nord du Manitoba et le Nunavut. »

Les conseils pour voyager au Canada, selon les Nomad Junkies

Voyager seule quand on est une femme

9. Quel est le meilleur conseil qu’on vous ait donné sur le fait de voyager seule quand on est une femme ? Et quel conseil vous donneriez à celles qui sont intéressées par le voyage solo ?

Safia : « Écoute ton instinct. “If you don’t feel it, don’t do it” est la meilleure chose qu’on m’a enseigné. En voyage, autant qu’à la maison, sans éviter de tomber dans la paranoïa, il faut rester alerte. La grande majorité des gens qu’on rencontre en voyage sont remplis de bonnes intentions, mais il faut toutefois rester un peu sur ses gardes et savoir fixer ses propres limites. Si on ne le ferait pas à la maison, pourquoi le faire en voyage? »

Emilie : « Voyager seule ne veut pas dire dans la solitude! Le meilleur truc est de séjourner en auberge de jeunesse. C’est la meilleure façon de se faire des amis et d’avoir accès à l’information de backpackers rapidement. Je me souviens avoir déjà été angoissée à l’idée de manger seule au restaurant… Mon truc qui m’a permis de surmonter cette ‘’épreuve’’ a été d’amener un roman à lire au resto. Si je fais une rencontre intéressante au restaurant, je ferme le livre et si ça ne m’intéresse pas, les gens comprennent que je suis dans ma bulle. »

10. Quel est l’objet, pas forcément nécessaire mais que vous prenez toujours avec vous en voyage ? 

Safia : « Mon séchoir et mon fer plat… Je n’ose pas l’admettre, mais c’est les seuls items dont je ne peux me départir. C’est le petit luxe de la maison que je continue de traîner avec moi. Lorsqu’on voyage à long-terme, c’est des petits plaisirs comme ça qui font toute la différence pour se sentir confortable peu importe où on pose nos sacs. »

Emilie : « J’apporte toujours un paréo, même s’il n’y a pas de plage! Je peux le porter en foulard et ça peut aussi me servir de serviette pour la douche. Si je dors en dortoir sur le lit du bas, je l’accroche et l’étend pour créer une cloison, un p’tit cocon! »

Les astuces de Nomad Junkies pour voyager seule quand on est une femme
Cet article fait partie du
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Road-tripper

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